«À mes yeux, l’épicier, dont l’omnipotence ne date que d’un siècle, est une des plus belles expressions de la société moderne. N’est-il donc pas un être aussi sublime de résignation que remarquable par son utilité; une source constante de douceur, de lumière, de denrées bienfaisantes? Enfin n’est-il plus le ministre de l’Afrique, le chargé d’affaires des Indes et de l’Amérique? Certes, l’épicier est tout cela; mais ce qui met le comble à ses perfections, il est tout cela sans s’en douter…»
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«Vous voyez un homme gros et court, bien portant, vêtu de noir, sûr de lui, presque toujours empesé, doctoral, important surtout! Son masque bouffi d’une niaiserie papelarde qui d’abord jouée, a fini par rentrer sous l’épiderme, offre l’immobilité du diplomate, mais sans la finesse, et vous allez savoir pourquoi. Vous admirez surtout un certain crâne couleur beurre frais qui accuse de longs travaux, de l’ennui, des débats intérieurs, les orages de la jeunesse et l’absence de toute passion. Vous dites: Ce monsieur ressemble extraordinairement à un notaire.»
Nouvelles extraites des tomes I (L’épicier) et II (Le Notaire) des Français peints par eux-mêmes, encyclopédie morale du XIXe siècle en dix volumes, L. Curmer, 1840-1842.f
12x16cm - 62p - 5€
diversités galantes sur les femmes et l'amour Octave Uzanne
«Les libertins sont bien venus dans le monde, parce qu’ordinairement ils sont plus aimables que les autres, qu’ils ont plus d’esprit, plus de connaissance des hommes et du cœur humain. Les femmes les aiment parce qu’elles sont libertines. Je ne suis pas bien sûr que les femmes se déplaisent sincèrement avec ceux qui les font rougir. Il n’y a peut-être pas une honnête femme qui n’ait eu quelques moments où elle n’aurait pas été fâchée qu’on la brusquât…»
12x16cm - 50p - 5€
La fin des livres Octave Uzanne
«Si par livres vous entendez parler de nos innombrables cahiers de papier imprimé, ployé, cousu, broché sous une couverture annonçant le titre de l’ouvrage, je vous avouerai franchement que je ne crois point, que l’invention de Gutenberg puisse ne pas tomber plus ou moins prochainement en désuétude. Je crois que si les livres ont leur destinée, cette destinée, plus que jamais, est à la veille de s’accomplir, le livre imprimé va disparaître. Ne sentez-vous pas que déjà ses excès le condamnent? Je crois donc au succès de tout ce qui flattera et entretiendra la paresse et l’égoïsme de l’homme; l’ascenseur a tué les ascensions dans les maisons; le phonographe détruira probablement l’imprimerie. Il y aura des cylindres inscripteurs légers comme des porte-plumes en celluloïd, qui contiendront cinq et six cents mots et qui fonctionneront qui tiendront dans la poche; toutes les vibrations de la voix y seront reproduites. Soit à la maison, soit à la promenade, en parcourant pédestrement les sites les plus remarquables et pittoresques, les heureux auditeurs éprouveront le plaisir ineffable de concilier l’hygiène et l’instruction, d’exercer en même temps leurs muscles et de nourrir leur intelligence, car il se fabriquera des phono-opéragraphes de poche, utiles pendant l’excursion dans les montagnes des Alpes ou à travers les Cañons du Colorado. Après nous la fin des livres!»
Octave Uzanne 1894
12x16cm - 50p - 5€
Le secret des désenchantées Marc Hélys . Avant-propos par Jean-Benoît Puech.
Le roman Les Désenchantées de Pierre Loti paraît en 1906 et connaît un immense succès. Loti est alors une figure éminente de la littérature dont on peine aujourd’hui à imaginer le rayonnement. En Turquie, il est une véritable idole, particulièrement auprès de la gente féminine qui s’identifie toute entière à la belle héroïne de son roman Aziyadé.
Le secret des “désenchantées” est publié en 1923, quelques mois après la mort du grand écrivain. Il révèle, documents à l’appui, comment l’auteur des Désenchantées a été l’objet d’une supercherie magistralement orchestrée par Marie Léra (alias Marc Hélys), journaliste française, et deux de ses amies turques et musulmanes. Protégées par l’anonymat de leur voile, les trois complices osent rencontrer l’écrivain à Constantinople, et entament une relation épistolaire suivie dans laquelle elles lui suggèrent d’écrire leur histoire de femmes soumises à la règle de l’islam traditionnel. S’inspirant de leurs lettres, Loti s’exécute et construit peu à peu son roman. Mais il ignore - et il ignorera toujours -, que l’essentiel de ces témoignages révoltés est le fait d’une journaliste occidentale, elle-même très engagée dans le combat féministe de l’époque. Et c’est sous le charme de cette singulière et si romanesque mystification que Loti va écrire l’un de ses plus grands succès. Le secret des “désenchantées” dévoile l’arrière plan du célèbre roman. Marc Hélys n’hésite pas à mettre en miroir sa correspondance échangée avec l’écrivain et le texte même des Désenchantées; le lecteur débusque alors la forge intime de l’écriture, la réappropriation par le créateur d’une réalité vécue, mais fondée sur le travestissement. 12x16cm - 264p - 16€
Songes et visions philosophiques Louis Sébastien Mercier. Préface de Jean-Claude Bonnet.
Dramaturge, journaliste et romancier, Louis Sébastien Mercier, écrit dès 1771 un curieux roman d’«anticipation», L’an 2240, où il bâtit les plans d’une société future «idéale» (d’ailleurs assez sinistre). Mais il réussit mieux dans le reportage réaliste. Le Tableau de Paris est sans doute le plus formidable document existant sur le Paris pré-révolutionnaire, dont tous les aspects sont décrits, avec une prédilection pour les effets de la misère et la vie quotidienne des couches pauvres de la population. Dans cette œuvre foisonnante qui reste injustement oubliée, les Songes et Visions philosophiques (1788) occupent une place singulière: cet ouvrage révèle, en effet, toute une part nocturne de l’écrivain qui fait de celui-ci un extraordinaire passeur entre les Lumières et le Romantisme. Mercier avait déjà publié, en 1768, des Songes philosophiques qu’il reprend vingt ans plus tard en leur adjoignant des Visions plus fuligineuses. Ce livre (lu par les romantiques allemands et plus particulièrement par Jean Paul) permet de prendre la mesure des métamorphoses de l’écriture du rêve dans les dernières années du dix-huitième siècle, c’est-à-dire d’une profonde révolution esthétique. 15x24cm - 192p - 20€
Mes Inscripcions (1779-1785) - Journal (1785-1789) Nicolas Rétif de La Bretonne. Texte établi, présenté et annoté par Pierre Testud.
En cette année 2006 où l’on célèbre le bicentenaire de la mort de Rétif de la Bretonne (1734-1806), la meilleure façon de le rendre vivant était sans doute de publier enfin une partie de ses écrits intimes. Rétif eut une conscience particulièrement aiguë de la fuite du temps, de l’importance de la mémoire, de la nécessité d’échapper à l’instant. Il nous dit dans Monsieur Nicolas, son autobiographie, avoir tenu dès son jeune âge des cahiers où étaient notés les événements importants de sa vie (les memoranda). Ces cahiers, qui servent de base à une partie de Monsieur Nicolas, sont perdus, mais ce qui est parvenu jusqu’à nous sont des liasses de feuillets manuscrits qui témoignent d’un désir continu d’enregistrement. Mes Inscripcions sont un relevé des inscriptions gravées de 1779 à 1785 sur les parapets de l’île Saint-Louis, au cours de promenades quotidiennes. Muni d’une clé, ou d’un fer, il marque la pierre d’une date, accompagnée le plus souvent de quelques mots abrégés, latins de préférence. Ce sont bien des graffiti avant la lettre (le mot date de la fin du 19e siècle), et du reste les enfants de l’île crient Griffon! au passage de Rétif. Le griffon, c’est celui qui griffe la pierre avec un poinçon (graphium en latin, origine du mot graffiti) et aussi celui qui griffonne des chiffres et des mots peu lisibles. Il est à la fois inquiétant et risible. Mais pour lui, il ne s’agit pas de laisser sa trace au regard des passants. Il s’agit d’un rite sérieux, à usage intime: retrouver le temps passé, au jour marqué, année après année, et se procurer ainsi, selon l’expression de Rétif, «un véritable aliment de sensibilité». Ce graffitomane n’avait rien d’un exhibitionniste. Mais il s’aperçoit que ses notes lapidaires (sans doute gravées peu profondément) ne sont pas à l’abri de la disparition. En 1785, il décide donc, pour assurer leur conservation, de les recueillir sur papier. Il prend alors plaisir à les développer, surtout celles qui sont relatives à son histoire d’amour avec Sara. Son projet est d’en faire «une espèce de livre» et de les annexer à Monsieur Nicolas, dont il vient d’achever le manuscrit. Ce projet ne se réalisera pas. Sitôt ce relevé terminé, et sur le même manuscrit, il s’engage dans la tenue d’un journal: «Je continuerai désormais à écrire, jour par jour, tout ce qui m’arrivera, jusqu’à la fin de ma vie. J’emporte aujourd’hui ce papier dans ma chambre de la rue Saint-Jacques, afin qu’il ne soit pas vu.» (4 novembre 1785). La sauvegarde des inscriptions l’a donc conduit à systématiser l’enregistrement du vécu. Il tiendra en effet scrupuleusement son journal, notant chaque matin son emploi du temps de la veille: avancées dans ses manuscrits, dans l’impression de ses ouvrages, rencontres, visites, déambulations dans les rues de Paris, secrets de sa vie sexuelle. En 1889, Paul Cottin avait édité Mes Inscripcions et le début du Journal (jusqu’au 19 août 1787), soit la partie du manuscrit conservée à la Bibliothèque de l’Arsenal. Mais ce travail était entaché d’erreurs et d’approximations. Il fallait le reprendre. La présente édition se fonde sur une transcription rigoureuse, éclairée par une annotation renouvelée, bénéficiant des progrès des études rétiviennes. En outre, elle donne la suite du journal, conservée dans le Département des manuscrits de la Bibliothèque nationale, et longtemps ignorée. Pour des raisons matérielles, il a fallu s’arrêter ici en décembre 1789, alors que cette suite, qui part du 20 août 1787, va jusqu’en juin 1796. Une autre édition viendra donc un jour compléter celle-ci. Des années 1796 - 1806, aucune trace n’est parvenue jusqu’à nous, mais les collections privées peuvent encore réserver d’heureuses surprises. Lire ces inscriptions et ce journal, c’est connaître dans sa réalité brute la condition d’un homme de lettres sans pension ni fortune personnelle au XVIIIe siècle : son inlassable travail d’écrivain, ses difficultés pour publier et vendre ses ouvrages, son environnement social, sa vie familiale et ses secrets. C’est aussi, d’un point de vue historique, découvrir un important jalon dans le processus d’apparition de l’écriture intime en France dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. 15x24cm - 848p - 36€
Le livre des masques Remy de Gourmont. Texte établi et présenté par Daniel Grojnowski.
Remy de Gourmont publie les deux séries du Livre des Masques aux éditions du Mercure de France, dans les dernières années du XIXe siècle. Il y fédère des oeuvres fort diverses qui ont été fondatrices du Symbolisme littéraire et qui ont fourni leurs références à plusieurs générations d'écrivains, modernistes (Apollinaire, Cendrars) ou surréalistes (Breton). Cinquante-trois monographies présentent à un public aussi large que possible des auteurs alors inconnus ou mésestimés comme Lautréamont, Rimbaud, Verlaine, Villiers de l'Isle-Adam, Mallarmé, Corbière, Laforgue. Et d'autres qui ont été appelés à la notoriété ou que la postérité a consacrés : Gide, Louÿs, Lorrain, Maeterlinck, Verhaeren, Huysmans, Renard, Bloy, Schwob, Claudel, Barrès, les frères Goncourt. Ces études offrent l'intérêt d'un jugement daté. Elles permettent également de découvrir un grand nombre d'écrivains qu'on est désormais en droit de juger injustement ou justement oubliés. La Présentation de l'ouvrage rappelle la tradition du «portrait littéraire» dans laquelle s'inscrit Remy de Gourmont. Elle montre comment il a constitué un groupe symboliste en lui assurant une suprématie philosophique, esthétique et artistique mais aussi - et surtout - éditoriale. Cette édition donne à lire les remaniements qu'a effectués l'auteur lorsqu'il a assemblé ses monographies en volumes. Elle les accompagne de Notices qui situent chaque écrivain au moment où il est présenté. Enfin elle reproduit à l'identique les «masques» remarquables gravés par Félix Vallotton. 15x24cm - 320p - 23€
La mort de Voltaire Arsène Houssaye.
«Ce fut surtout à l’heure de sa mort que la royauté de Voltaire a été universellement reconnue. Quand il mit un pied dans la tombe, il mit un pied dans l’immortalité. Homme étrange jusqu’à la fin! Depuis un demi-siècle, il disait à toute l’Europe qu’il n’avait qu’un moment à vivre, lui qui était né mourant. Son tombeau, fait d’une simple pierre, s’ouvrait contre l’église qu’il avait bâtie. Il avait beaucoup gambadé, selon son expression, autour de son tombeau, sans que l’heure sonnât de s’y coucher. Ses amis étaient venus et revenus lui dire adieu; il attendait la mort de pied ferme…»
Extrait: Il se décida à partir - il avait quatre-vingt-quatre ans! un jour d’hiver, un jour de neige, un jour de bise, le mardi 3 février 1778, il se mit en route et voyagea toute une semaine pour revoir sa bonne ville de Paris. Il arriva le septième jour. Croyez-vous que ce fut pour lui un jour de repos? non. en descendant de voiture, il ne monta pas dans cette maison à jamais consacrée, du quai des Théatins, où l’attendait la marquise de Villette devant un feu d'enfer, car la Seine charriait ce jour-là. Il s’en alla à pied, enveloppé dans sa pelisse, chaussé de bottes à la Souwarof, encapuchonné dans une perruque de laine surmontée d’un bonnet rouge, il s’en alla chez ses chers anges, le comte d’Argental, qui ne l’attendait pas, mais qui le reconnut dans cet étrange accoutrement quoique l’absence eût été bien longue. Voltaire se jeta dans les bras de son meilleur ami et lui dit avec des larmes dans les yeux: «J’ai interrompu mon agonie pour venir vous embrasser».