Éditions Manucius




Écrits sur l’art






v
isages. 1&2
Jean-Luc Degonde
Texte de Jean-Jacques Gonzales

Les arts plastiques ont ceci de commun qu’ils ne peuvent se passer de la référence au monde [l’extériorité] soit, et pour faire vite, en s’y asservissant [figuration], soit en s’en libérant [abstraction]. Il va de soi que les variations sont infinies entre les deux limites au-delà desquelles l’œuvre disparaîtrait. Tout cela pour dire que la question de la ressemblance – par excès [une toile de Richard Estes, le Big Man de Ron Mueck par exemples] ou par défaut [un monochrome d’Yves Klein, une stèle de Brancusi par exemples] – se trouve au cœur même de l’affaire traitée par les dernières sculptures de Jean Luc Degonde qui viennent perturber l’immémorial et reposant partage entre l’œuvre et le monde.
8x10cm - 150p - 10€





Trois primitifs
Joris-Karl Huysmans.
 
J.-K. Huysmans est surtout connu comme l’auteur d’un chef-d’œuvre célébrissime A Rebours, roman crépusculaire, catalogué sous le vocable commode et aguichant du genre «décadent». Ce qui l’est moins, et qui n’avait pas échappé à quelques-uns de ses contemporains et non des moindres, Léon Bloy et Barbey d’Aurevilly, c’est que le fameux roman n’était qu’une étape de la «route» qui devait mener l’auteur «à contempler la face de Dieu» selon le premier, «aux pieds de la croix» selon le second.
Les Trois primitifs, l’un des derniers textes écrits par Huysmans, confirment la justesse de vues des deux écrivains. Ultime moment de la «route» qui mena Huysmans, dans sa quête d’un réel véridique, du «naturalisme» au «réalisme mystique», le texte témoigne d’un intérêt exceptionnel: d’abord, il atteste la continuité sans faille de la fascination huysmansienne pour l’art insurpassable des Primitifs et la place éminente de la passion esthétique dans son itinéraire vers la foi catholique mais surtout, la magistrale et emportée description du Retable de Mathias Grünewald doit être considérée comme un véritable testament: le Christ qui s’y montre sous l’effigie scandaleuse d’un Dieu mourant à la chair abominablement putréfiée bientôt transfigurée en un corps sublime incarne parfaitement la double dimension d’un réel désormais entier en lequel chair et esprit, réalisme et mysticisme ne se repoussent plus mais se génèrent l’un l’autre. Le Retable est pour Huysmans la réalisation irréfutable de cette possibilité, la confirmation de la justesse de sa foi.
Les lignes écrites sur Grünewald témoignent d’un accomplissement, d’une parfaite osmose entre un style et une vision. Huysmans n’y est pas seulement un écrivain, une langue, il est aussi «un œil», il est celui qui sait voir «comme personne n’a vu», écrira Remy de Gourmont, et le Christ qui apparaît dans l’entrelacs du texte huysmansien est le Dieu le plus implacablement réel qui soit.

C’est en 1905, soit deux ans avant la mort de Huysmans, que paraissent Trois Primitifs: Les Grünewald du Musée de Colmar. Le Maître de Flémalle et la Florentine du Musée de Francfort-sur-le-Mein. Le texte intégral, non réédité depuis près de quarante ans, est composé de deux parties sensiblement équivalentes: d’abord la description du Retable d’Issenheim de Mathias Grünewald exposé au musée Unterlinden de Colmar, puis celle de deux autres œuvres découvertes au Musée Staedel de Francfort-sur-le-Mein: un buste anonyme d’une jeune fille de l’École Florentine du XVe siècle et La Madone allaitant l’Enfant Jésus du maître de Flémalle.
15x24cm - 96p - 18€


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