Éditions Manucius




Le Marteau sans Maître


«Ce qui vient au monde pour ne rien troubler
ne mérite ni égard ni patience»
(René Char)


Fidèles à la tradition inaugurée par Alde manuce, les Éditions Manucius ne se contenteront pas d’exhumer des textes anciens et fondamentaux, elles publieront également des textes contemporains, libres, vigoureux et modernes. Cette collection a pour vocation de les accueillir ou de les susciter sous la responsabilité éditoriale de Jean-Jacques Gonzales et Éric Marty.





Écrits autobiographiques
Friedrich Nietzsche
Traduction de Marc Crépon . Préface, notes et annexes de Yannick Souladié

Les textes autobiographiques que Nietzsche écrivit entre douze et vingt-quatre ans (1856-1869) rassemblés ici constituent un témoignage unique sur la forge d’une pensée, d’un style, d’une sensibilité. D’un caractère.
Après des premières pages toutes prisonnières des poncifs de l’époque se dessine une progressive et implacable émancipation appuyée sur un minutieux travail de réécriture infini des événements marquants de la vie en lesquels la mort du père et le deuil qui la continua ainsi que les années d’apprentissage dans le rude collège de Pforta occupent une place singulière. S’y dessine également la naissance d’impérieuses passions – musique, lecture, écriture, amitiés – dont on sait l’importance décisive qu’elles prendront dans la vie philosophique de Nietzsche.
Bien avant Ecce Homo, Nietzsche se réapproprie sa vie, lui donne sens et façonne la statue qui vient. Ces Écrits autobiographiques sont le véritable laboratoire de l’écriture philosophique de celui qui proclamera une quinzaine d’années plus tard la mort de Dieu, que l’homme est le seul créateur de sens et de valeurs et que « toute grande philosophie […] est la confession de son auteur », confession qui n’est point une confidence ou un aveu mais l’inévitable et nécessaire point de rencontre entre la Vie et la Pensée.
12x16cm - 164p - 13€




Le souci de l'art chez Emmanuel Levinas
Collectif sous la direction de Danielle Cohen-Levinas

Le souci de l’art tel que Levinas nous invite précisément à le penser dans ses formes héritières du chaos, à peine pensables, à peine avouables, représente un moment décisif de la réflexion esthétique de la seconde moitié du XXe siècle. À la fois témoignage, philosophie critique et horizon de vérité qui viendraient comme dissimulés sous les oripeaux de l’intériorité. Les textes réunis dans ce volume tentent chacun une incursion dans une région de la pensée de Levinas qui ne se laisse pas réduire à des figures ou à une théorie critique. Nous avons tenu à ce que figurent des textes portant autant sur la littérature et la poésie que sur la peinture, voire la musique, tant deux de ces domaines – la littérature et la poésie – échappent pour Levinas au jugement sévère et à la méfiance éthique qu’il affiche dès lors qu’il est question d’art, comme objet qui s’érige en vrai sans le recours au verbe et à la parole.
15x24cm - 288p - 21€





L
a manière folle
Gérard Dessons

Qu’est-ce qu’une œuvre folle ? Qu’est-ce qui fait qu’une œuvre se voie qualifiée de démentielle, même – et surtout – lorsque son auteur est apparemment indemne de toute pathologie psychique ?
Le jugement se retournant sur le juge lui-même, la question de l’œuvre folle devient finalement la question de l’œuvre affolante. Comment expliquer qu’une œuvre soit à ce point inacceptable que la critique, inquiète, la déclare « impossible » ? En fait, la singularité des œuvres souvent déconcerte. La manière n’est jamais très loin de la manie, et l’histoire de l’art, de ce point de vue, ressemble à une histoire de fous.
Mais autre chose s’exprime à travers l’accusation de manière folle, c’est la peur de la contagion ; cette capacité de l’art, de la littérature à se répandre en inventant des publics. La folie de l’art est d’abord politique.
15x24cm - 272p - 22€







Y
ves Klein. Fin de représentation
Pierre Musso

Si l’importance de la rupture artistique apportée par Yves Klein (1928-1962) avec sa «révolution bleue», est largement reconnue, les interprétations de sa démarche se multiplient et se perdent bien souvent dans les méandres de la psychologie, de la religion, voire de l’obscurantisme. Alors que le projet de l’artiste s’éclaire si on veut bien analyser son œuvre fulgurante et ses écrits multiples, et les inscrire dans leurs rapports à l’histoire de l’art.
Cet ouvrage défend une thèse forte, à savoir que l’œuvre de Yves Klein achève la déconstruction du dispositif de la représentation et de la perspective héritée du Quattrocento, déconstruction commencée avec l’impressionnisme. Yves Klein clôture cette critique en immatérialisant le tableau, cette «geôle» des couleurs et cette prison de la sensibilité. Du même coup, il abandonne la structure ternaire (modèle/toile/regard) qui soutient tout le dispositif de la représentation, au profit d’une structure binaire, celle du Vide et de la Vie ou de la Nature et du Sujet. En mettant fin de façon radicale à la représentation, Klein inaugure l’ère de l’a-représentation, de la post-représentation. Il invite à la construction d’une nouvelle forme symbolique en art, voire au-delà, et en explore les multiples potentialités avec le théâtre du Vide, l’immatériel ou l’architecture de l’air et du feu.

Pierre Musso est professeur à l’Université de Rennes 2, il dirige la collection Europe/Fondations aux éditions Manucius.
12x16cm - 110p - 10€







lettres à vadim kozovoï
suivi de La parole ascendante ou Sommes-nous encore dignes de la poésie?

Maurice Blanchot

L’échange épistolaire entre Maurice Blanchot, écrivain et critique français (1907-2003), et Vadim Kozovoï, poète russe, critique et traducteur de poésie française (1937-1999), s’étend sur vingt-deux ans (entre 1976 et 1998). La correspondance est singulière et riche d’informations. Singulière parce que les deux hommes, sans jamais s’être rencontrés, ont su fonder une solide amitié; riche d’informations parce que les lettres ne se limitent pas exclusivement à la chose littéraire. C’est un Blanchot insoupçonné qui apparaîtra à certains, attentif aux questions d’actualité internationale et particulièrement passionné par la question russe – et par la Russie.
Cette correspondance est complétée par La parole ascendante, postface de Maurice Blanchot écrite à l’occasion de la publication de Hors de la colline, recueil de poèmes de Vadim Kozovoï paru aux éditions Hermann en 1984.
Enfin, en annexes, on trouvera le second versant de cette correspondance avec un choix de vingt-deux lettres que Vadim Kozovoï adressa à Maurice Blanchot, qui permet d’établir un regard croisé sur les deux épistoliers; et aussi les lettres que Maurice Blanchot envoya à l’épouse de Vadim Kozovoï, Irène. Trois textes clôturent l’ouvrage; les deux premiers (dont un poème) de Vadim Kozovoï sont dédiés à Maurice Blanchot. Le dernier intitulé Poésie et temps est un court écrit de Blanchot rédigé pour les besoins d’une émission qui lui était consacrée sur France-Culture.
Lettres à Vadim Kozovoï est un livre émouvant dans la bibliographie blanchotienne, d’abord parce qu’il contient une part d’inédit mais aussi et surtout parce que l’on y découvre un Maurice Blanchot plutôt méconnu, généreux et affectueux, soucieux, fidèle et vigilant à l’égard d’un ami et des siens.
15x24cm - 224p - 18€






sur le Contrat Social
Louis Althusser
Précédé de Troublante clarté par Patrick Hochart

Louis Althusser fut, en tout état de cause, un éminent lecteur, acharné, perspicace et soucieux de tirer au clair sa pratique. On s'en convaincra aisément sur la foi de cette lecture exemplaire qu'il fit autour du chapitre I, VI du Contrat Social, extraite d'un cours qu'il professa en 1965-1966 et publiée en 1967 dans le N°8 des Cahiers pour l'analyse. Mais cette pratique, chez lui, ne laisse pas d'être double : elle s'efforce, d'un côté, de renouer, nonobstant la «solitude» à laquelle est vouée toute pensée qui touche un tant soit peu au réel, avec «des hommes qui ont tenté le plus grand effort de lucidité qui soit», de l'autre, considérant la philosophie comme un «champ de bataille», elle entend mener la lutte sur ce terrain et débusquer les fauteurs d'illusions, sans ménager polémique ni sarcasme.
12x16cm - 110p - 10€






q
uestions
Roland Barthes
Avant-propos par Persida Asllani et Francis Marmande

Qu'est-ce que les choses signifient, qu'est-ce que le monde signifie? Ce qu'il a eu de révolutionnaire dans Brecht, était-ce vraiment le marxisme? Comment un objet peut-il avoir une histoire? Quoi de plus «sec» que le soleil? Et pourant, qu'est-ce que la littérature? Pourquoi écrit-on? Racine écrivait-il pour les mêmes raisons que Proust? Comment les hommes fabriquent-ils du sens? Comment le sens vient-il aux hommes? Quels sont les rapports vécus entre le journal et l'âge? La solitude? le bonheur? le corps? la mémoire? le sentiment de culpabilité? la folie? Y a-t-il finalement un «secret» de l'individu? Quels textes accepterais-je d'écrire (de re-écrire), de désirer, d'avancer comme une force dans ce monde qui est le mien? Quelle est la somme du texte? Combien de lectures?
R. B

Que devient le texte de Roland Barthes, l'ensemble des écrits que l'on nomme Barthes, quand on le réduit à ses 1920 questions? Quand on aligne les 1920 questions qui le traversent en près de quarante ans d'exercice, du premier article (1942) à la fin (1980).
16x12cm - 192p - 15€






Lacan et la littérature
Collectif.

Les interventions réunies dans ce recueil n’ont pas pour ambition de proposer une nouvelle synthèse des liens entre psychanalyse et littérature mais d’ouvrir la lecture de Lacan à cette question, la question de l’autre texte, du texte non clinique, non théorique, non analytique, celui des écrivains. Questionner la place qu’il accorde à la littérature dans sa pensée, le statut qu’il lui confère dans sa doctrine, le plaisir qu’il prend à la citer, à la commenter parfois longuement dans ses écrits comme dans ses séminaires, nous ont paru être des opérations propres à éclairer le texte lacanien d’une lumière peut-être oblique mais sans aucun doute réfléchissante.

Avec les contributions de Catherine Millot, Jacqueline Chénieux-Gendron, Hervé Castanet, Érik Porge, Antoine Compagnon, Pierre Pachet, Sabine Bauer, Daniel Sibony, Éric Marty, évelyne Grossman, Jean-Michel Rabaté, Élisabeth Roudinesco.
15x24cm - 208p - 19€







Le corps architectural
Arakawa/Gins.
Préface de jean-Jacques Lecercle

Le livre que vous allez lire a au moins l’avantage d’offrir une expérience de lecture inhabituelle. Il présente en effet une thèse originale qui ne laissera aucun lecteur indifférent. Les auteurs soutiennent que notre destinée est réversible, que notre condition de mortels n'est pas inéluctable, imposée sans recours par un destin hostile, bref que, si nous savons comment nous y prendre, nous ne sommes nullement tenus de mourir.
La découverte fondamentale de Gins et Arakawa est que l’activité constituante du corps est une activité architecturale. Ils repensent donc dans une perspective nouvelle les rapports entre le corps et le monde, sans aucun des préjugés qui alourdissent et déforment notre vision de ce rapport. Sous ce regard nouveau apparaît un nouvel objet, qui donne au livre son titre: le corps architectural.
Cette conception très originale de l’architecture a produit des réalisations tout à fait stupéfiantes tant sur le plan esthétique que sur le plan intellectuel qui seront largement présentées dans l’ouvrage (cahier photos et croquis).
Au cours des quarante dernières années Madeline Gins et Arakawa, architectes, poètes et artistes, ont créé une œuvre visionnaire dont l’écho est considérable - installation dans des musées, commandes publiques - paysages et parcs - textes et films expérimentaux, projets de résidences individuelles et de bureaux, traités de philosophie et manifestes artistiques - qui bat en brèche les idées reçues quant à notre relation à notre environnement architectural. À travers leurs transformations de l’espace matériel, ils explorent la poétique de l’architecture et la nature de la vie et de la pensée contemporaines.
Depuis 1981, date à laquelle ils formulent leur théorie de la destinée reversible, selon laquelle des formes d’architecture radicalement différentes de celles que nous connaissons permettraient de triompher de la mort, ils se consacrent à repenser totalement la relation entre le milieu architectural et le corps.
En 1997, le Guggenheim Museum organise une rétrospective de l’œuvre de Arakawa et Gins, saluée par la College Art Association comme l’exposition artistique la plus importante de l'année, qui leur vaut The Artist Award for the Exhibition of the year: Distinguished Body of Work, Presentation or Performance Award, et publie un ouvrage essentiel: le catalogue de l’exposition Reversible Destiny: Wedestiny (We have decided not to Die). En outre, les travaux d’Arakawa et de Gins menés en collaboration, font l’objet de nombreuses études critiques par Jean-François Lyotard, Arthur Danto, Italo Calvino, George Lakoff et Hans-Georg Gadamer.
15x24cm - 124p - 20€






Albert Camus - L'exil absolu
Jean-Jacques Gonzales.

L’œuvre d’Albert Camus a été enfermée dans un carcan interprétatif qui la sépare de ses origines profondes : Camus, écrivain français, écrivain algérien, prix Nobel, porte parole d’une certaine conscience morale, Camus penseur de l’absurde, Camus partisan de l’Algérie française, Camus « philosophe pour classes terminales », et plus récemment Camus écriture-symptôme de l’inconscient colonial, etc. Il s’agira de montrer, a contrario, que l’œuvre de Camus est entièrement traversée par la confrontation à un défaut d’origine, véritable matrice d’écriture, caractérisant sa « position algérienne », et par la tentative sans cesse recommencée d’écrire cette origine absente. Tentative qui trouve son achèvement dans la rédaction interrompue du Premier Homme, ultime entreprise d’écrire le mythe fondateur de ce peuple sans origine et sans destin : les Européens d’Algérie.
Cette position algérienne d’exil absolu, loin de tout enracinement, de toute allégeance à une quelconque faction/fiction identitaire, donnera à Camus une liberté souveraine et une vision intempestive à nulle autre pareille qui le fera s’opposer violemment à ses contemporains engagés dans les leurres de l’époque.
L’objet de ce livre est d’exposer comment cette position algérienne a déterminé une position politique, philosophique, esthétique et littéraire qui, plus de quarante après, montre encore toute son acuité et sa puissance critique à l’égard des temps révolus comme des temps actuels. Comment aussi cette position, historiquement déterminée, s’est trouvée être la réplique exacte d’une position fondamentale d’écriture.
15x24cm - 208p - 18€





 


L’engagement extatiqueSur René Char

Suivi de

commentaire du fragment 178 des Feuillets d'Hypnos

Eric Marty.

 

Le livre recueille deux textes, «L’engagement extatique» et «Commentaire du fragment 178 de Feuillets d’Hypnos». L’unité en est la question de l’engagement de René Char dans la Résistance contre l’Occupation nazie pendant la dernière guerre.
Les deux commentaires articulent l’un à l’autre deux mouvements qui sont comme les deux battements rythmiques – poétiques – de cet engagement: l’angoisse d’une part, l’extase d’autre part. Soit par exemple, le tableau de La Tour, au cœur du fragment 178, qui associe la figure de l’homme prisonnier, pris dans la plus extrême solitude et le plus extrême délaissement, et la figure de la femme, de l’ange rouge, parole qui désaltère, délivre et maîtrise les Ténèbres.
Il s’agit donc au travers d’une lecture poétique et philosophique des écrits poétiques de combat de René Char des années noires, de penser ce qu’a été cet engagement, bien au-delà de ce qu’on a pu entendre par exemple depuis Sartre par cette expression devenue le « lieu commun » des intellectuels. A l’évidence, c’est dans une conscience aiguë d’être face aux signes d’une apocalypse historique exceptionnelle que Char prend la double décision de se taire – il ne publie pas une ligne pendant toute cette période – et de combattre en guerrier les armes à la main.

12x16cm - 78p - 8€




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